Quand les voitures communiquent entre elles : comment le V2X protège les usagers de la route vulnérables
Un camion s’arrête à une intersection et bloque la vue. Derrière lui, une voiture s’approche, tandis que, sur la droite, un cycliste s’engage. Qui passe en premier, qui attend ? Dans la réalité, cela fait souvent la différence entre des blessures graves ou pire encore. Mais en ce jour de février à Genève, tout reste calme. Avant même que les personnes concernées ne prennent conscience du danger, des capteurs et une communication sans fil signalent : Attention, risque de collision. La voiture freine, le cycliste poursuit sa route en toute sécurité.
Cette scène n’est pas une vision d’avenir, mais fait partie d’une démonstration en direct organisée par DEKRA dans le cadre du Comité des transports intérieurs (ITC) des Nations Unies. Devant un public de décideurs internationaux en matière de transport, l’équipe présente le potentiel de la communication V2X – « Vehicle to Everything » – pour mieux protéger les usagers de la route non protégés.
Des chiffres éloquents à l’appui : dans l’UE, environ 20 400 personnes ont perdu la vie dans des accidents de la route en 2023, dont de nombreux cyclistes. La circulation urbaine constitue un point névralgique : 57 % de l’ensemble des décès surviennent sur des routes urbaines, souvent dans des situations complexes aux intersections ; 70 % des victimes y sont des usagers vulnérables.
Les routes rurales sont elles aussi critiques : sur une moyenne de trois ans, elles représentent plus de la moitié de l’ensemble des décès routiers, et 43 % des cyclistes concernés y perdent la vie.
La technologie V2X vise ces deux environnements – ville et campagne – en permettant une détection plus précoce, en particulier lorsque la visibilité est obstruée ou que les différences de vitesse sont particulièrement importantes.
Des situations quotidiennes qui peuvent décider entre la vie et la mort
Pour Christoph Nolte, Executive Vice President de DEKRA et responsable de la division Service Vehicles, la scène à l’intersection est bien plus qu’un simple dispositif d’essai. Elle reflète le risque quotidien de la circulation routière :
« Les usagers vulnérables de la route, tels que les cyclistes et les piétons, sont exposés à un risque élevé de blessures ou de décès sur nos routes. Toutes les statistiques le montrent », déclare Nolte. « Plus de la moitié des accidents mortels impliquant des cyclistes dans l’UE surviennent en milieu urbain, souvent dans des situations complexes aux intersections. »
DEKRA transpose précisément ces situations dans des applications V2X concrètes. Trois scénarios sont au cœur de la démonstration à Genève :
- Une voiture et un cycliste s’approchent d’une intersection, un camion bloque la vue.
- Une voiture arrive derrière un cycliste roulant lentement.
- Une voiture tourne et coupe soudainement la trajectoire d’un cycliste.
Chacun de ces scénarios correspond à un cas d’usage précis. Dans le cadre de l’« Intersection Movement Assist », le V2X comble l’angle mort : une voiture s’avance vers la ligne d’arrêt tandis qu’un camion bloque la vue du conducteur sur l’intersection.
Un cycliste qui approche transmet sa position – un message d’alerte s’affiche dans la voiture, tandis que le feu avant du vélo se met à clignoter. Cela permet de signaler une situation dangereuse bien avant que le conducteur et le cycliste ne puissent se voir.
Sur une route de campagne, le scénario « Slow Cyclist Ahead » repose sur le même mécanisme – mais dans des conditions différentes. Une voiture s’approche d’un cycliste par l’arrière ; la vitesse de rapprochement est élevée et le temps de réaction réduit. Grâce au V2X, le conducteur reçoit une information précoce dans le véhicule, tandis que le feu arrière du vélo s’allume. Le message est clair : usager lent devant, adapter la vitesse et se préparer à un dépassement. Dans le troisième scénario – une voiture qui tourne et coupe la trajectoire d’un cycliste – le système émet un avertissement avant la manœuvre et signale la présence du cycliste par un feu arrière clignotant, afin que le conducteur puisse anticiper sa trajectoire et ne pas lui couper la route.
Ce que ces trois situations ont en commun : pour l’être humain, elles sont difficiles à évaluer, car la visibilité, l’attention et le temps de réaction sont limités. La communication V2X élargit cet espace de perception. Les véhicules et les infrastructures échangent des données, signalent les dangers invisibles et offrent ainsi de précieuses secondes pour freiner ou adapter le comportement de conduite.
« Notre prise de conscience repose sur la perception ; être alerté à un stade précoce peut donc faire une grande différence dans des situations critiques », explique Nolte. « Le V2X a le potentiel d’informer les usagers de la route d’une situation potentiellement dangereuse avant même qu’ils n’aient la possibilité de la percevoir – ce qui ouvre une toute nouvelle dimension en matière de sécurité. »
Coalition pour la sécurité des cyclistes : une mobilisation intersectorielle en faveur de la Vision Zero
Derrière la démonstration organisée à Genève se trouve une alliance animée par un objectif commun : réduire le nombre d’accidents graves et renforcer la sécurité des usagers de la route non protégés. La Coalition for Cyclist Safety a été fondée en 2023 et réunit des experts des secteurs des télécommunications, de l’automobile et des technologies.
Sa mission : favoriser le déploiement à grande échelle de la technologie V2X, avec une attention particulière portée aux cyclistes et aux autres usagers vulnérables de la route.
Sa mission : favoriser le déploiement à grande échelle de la technologie V2X, avec une attention particulière portée aux cyclistes et aux autres usagers vulnérables de la route.
Des entreprises telles que Volkswagen, Bosch eBike Systems et Commsignia, ainsi que des partenaires comme ADP Engineering et Bulls Bikes / ZEG, soutiennent la démonstration de DEKRA lors de l’ITC. L’idée : lorsque les véhicules, les infrastructures et les vélos « communiquent » entre eux, les situations dangereuses peuvent être détectées avant qu’elles ne dégénèrent.
De cette manière, la Coalition soutient l’initiative mondiale « Vision Zero » : la vision d’un monde sans morts sur les routes. Pour DEKRA, il s’agit d’une étape logique : depuis 1925, l’entreprise œuvre à identifier, comprendre et maîtriser les risques.
« Depuis sa création en 1925, DEKRA œuvre pour rendre la mobilité sûre. Et cela n’a pas changé dans son essence, même 100 ans plus tard », souligne Christoph Nolte. « Nous sommes honorés d’avoir une nouvelle fois l’occasion de contribuer aux discussions importantes lors de la session annuelle de l’ITC, afin de prendre les bonnes décisions pour les transports de demain. »
Politiques publiques, réglementation et technologie autour d’une même table
Le Comité des transports intérieurs de la CEE-ONU est l’organe décisionnel suprême des Nations Unies pour le transport intérieur. Placée sous le titre « Driving innovation for the future of inland transport », la 88e session à Genève examine comment les nouvelles technologies peuvent être utilisées de manière responsable – avec un objectif clair : rendre les transports plus sûrs, plus respectueux de l’environnement et plus résilients.
“This year’s topic, ‘Driving innovation for the future of inland transport’, could not be more relevant. Our sector faces urgent tasks: to decarbonize, to integrate with the wider energy and digital ecosystem, and to ensure safety in an increasingly complex mobility landscape,” says Christoph Nolte.
Pour DEKRA, être présent sur place revêt une importance stratégique. Les démonstrations rendent tangible la manière dont l’innovation technologique et la réglementation doivent interagir pour que les prototypes deviennent une réalité opérationnelle. Des cadres réglementaires scientifiquement fondés et interopérables constituent la base indispensable pour que les solutions V2X fonctionnent non seulement dans des projets pilotes, mais aussi au quotidien.
Forte de 100 ans d’expérience dans la recherche en sécurité routière, les essais et la certification, DEKRA apporte une perspective particulière : celle d’un partenaire indépendant entre l’industrie, les décideurs politiques et la société civile. Le message à Genève est clair : ce n’est que lorsque la confiance dans les nouvelles technologies est établie – grâce à des processus d’essai transparents et à des normes claires – qu’elles peuvent déployer tout leur potentiel en matière de sécurité routière.
Pour en savoir plus :